Attablé dans un bar de Giberville (Calvados ), Quentin Calbris sirote patiemment son café. Le jeune homme, chemise blanche bien cintrée et manches retroussées, a déjà l'assurance d'un politicien. Ce dernier n'a pourtant que 18 ans et a tenté de conquérir la mairie de Giberville , environ 5 000 habitants, lors des élections municipales en mars 2026, en étant l'une des plus jeunes têtes de liste en France.
S'il a échoué, en récoltant 37,66 % des voix, face au maire sortant Damien de Winter (PCF) et ses 62,34 %, il est malgré tout devenu, le 20 mars dernier, conseiller municipal avec quatre autres membres de sa liste. Cela signifie que 775 personnes ont voté pour nous. Ça nous rend fiers, se congratule le Gibervillais d'origine.
Tout cela n'a néanmoins pas été facile. Le jeune candidat a dû faire face à de nombreux messages haineux reçus en ligne critiquant son âge ainsi qu'à la difficulté de créer une liste de 29 personnes pour se présenter. J'ai passé de nombreuses nuits sans dormir avant que la préfecture valide notre liste, se remémore-t-il. Autre complication : ses études.
L'étudiant en Science politique a dû jongler entre ses cours et la campagne électorale. J'ai enchaîné les allers-retours en train entre Rouen et Giberville. Aujourd'hui encore, ces déplacements me prennent une partie de mon temps. Heureusement, je peux compter sur mes amis de la fac pour m'envoyer les cours que je loupe.
La politique, une passion depuis tout jeune
Cette passion pour la politique, Quentin Calbris la tient de sa grand-mère, ancienne édile de Poussy-la-Campagne (aujourd'hui Valambray), qu'il accompagnait souvent à sa mairie. À l'école, le jeune garçon s'investit. Il est souvent choisi comme délégué et, quand on lui demande ce qu'il veut faire plus tard, il répond maire. À 15 ans, il rejoint les Jeunes en marche, le mouvement de jeunesse de Renaissance, le parti affilié à Emmanuel Macron, et en devient le référent dans le Calvados, en septembre 2025.
Quand il s'est présenté aux élections municipales de Giberville, cela sonnait comme une évidence pour ceux qui l'ont toujours connu. Quand j'ai revu mes professeurs de primaire, ils n'étaient pas étonnés. En CM2, lors d'une sortie scolaire à l'Assemblée nationale, j'étais apparemment tout excité. Ils savaient qu'un jour ou l'autre, j'allais franchir le pas, sourit-il, plein de souvenirs.
Sa motivation, Quentin Calbris souhaite également la transmettre, notamment aux personnes de son âge. La jeunesse doit plus s'investir. Alors si je peux donner envie à d'autres jeunes de s'engager, qu'ils y aillent.
Ce qui est certain, c'est qu'il a su séduire au-delà des jeunes. À l'image de Stéphanie Sauvage, 52 ans, élue avec lui dans l'opposition. On se connaissait déjà, car on était voisins. On discutait beaucoup de Giberville et de son futur. Donc, quand il m'a proposé de le rejoindre, je n'ai pas hésité, souligne la conseillère en insertion professionnelle.
Damien de Winter, maire de Giberville depuis 2023, voit en son opposant quelqu'un de respectueux qui commence à prendre ses marques aux conseils municipaux. Malgré sa défaite en mars dernier, Quentin Calbris compte bien revenir lors des prochaines élections municipales prévues en 2032, avec une certaine soif de revanche.
Illustration(s) :
Quentin Calbris, 18 ans, a récolté 37,66 % des voix lors des élections municipales 2026 à Giberville.. Ouest-France